America Latina/En français/Pensando el periodismo

Mexique : un journaliste abattu en moyenne tous les 26 jours

En 2016 Le Mexique continue de s’enliser dans la violence et reste le pays le plus dangereux pour les professionnels de l’information. Nombreux sont ceux qui attendent un renforcement des mesures de protection et la fin de l’impunité pour des crimes en constante augmentation depuis 2007. 

Il est vrai que le Mexique a mauvaise réputation en termes de défense des droits de l’homme – le dernier scandale remonte à 2014 avec l’affaire des 43 étudiants disparus – et force est de constater que l’année 2016 a été particulièrement éprouvante pour le journalisme d’investigation. Selon Emmanuel Colombié, responsable du bureau Amérique Latine pour Reporters sans Frontières :

« Le Mexique est en train de devenir un cimetière pour journalistes »

Record macabre 

En septembre 2016 la mort de Aurelio Cabrera Campos, fondateur du journal El Gráfico de la Sierraa fait passer à 12 le nombre de victimes dans ce corps professionnel depuis le début de l’année. Pour une grande majorité ces crimes ont lieu dans l’état de Oacaxa, dans le nord du pays, ainsi qu’à Veracruz. La capitale n’a pas non plus été épargnée. Ainsi le district fédéral de Mexico a promulgué le 10 août 2015 une loi pour la protection des journalistes, mais l’impunité reste quasi-totale. Rien d’étonnant donc à ce que le pays se retrouve aujourd’hui à la 149ème position dans le classement mondial de la liberté de la presse, d’après Reporters sans Frontières.

De plata o de plomo 

Le Guatemala, le Honduras, le Brésil, le Venezuela et le Salvador sont également des zones très sensibles pour l’exercice du métier. Pourtant, aujourd’hui, elles sont moins dangereuses que le Mexique, où un tel niveau de violence à l’encontre des journalistes implique un niveau élevé de corruption et d’impunité liées à de graves problèmes de narcotrafic. En 2016 les agressions auraient augmenté de 115 % selon Article 19, une ONG qui lutte au Mexique depuis 1987 pour la liberté d’expression et la défense des droits de l’Homme. En 2012 elle avait déjà avancé des chiffres alarmants. :

graf

Les journalistes agressés sont souvent ceux qui s’intéressent de près au crime organisé ou au narcotrafic. Lorsque l’on écrit sur une personnalité politique les risques encourus sont plus importants. Pour ne citer qu’un nom, souvenons-nous de la journaliste Lydia Cacho – prix UNESCO en 2008 pour la liberté de la presse – torturée et séquestrée en 2006, après avoir dénoncé un réseau de pédophilie qui compromettait des politiciens. Aujourd’hui c’est au tour de Noé Zavaleta. Menacé, il a publié en janvier 2016 un livre sur le mandat du gouverneur de l’état de Veracruz, Javier Duarte. Noé Zavalda est correspondant pour le journal Proceso, un journal national d’investigation qui a déjà été endeuillé par la perte de plusieurs collaborateurs. Cette année, il a également tenu à rappeler que justice n’a toujours pas été rendue pour Régina Martinez Pérez , une autre journaliste rattachée au journal Proceso et assassinée en 2012. Elle enquêtait à l’époque, sur les relations entre le crime organisé et des membres du gouvernement.

La presse web : un moyen plus sûr de s’informer ?

Avec toutes ces pressions l’autocensure est chose courante au Mexique. Cependant des voix continuent de s’élever, et on remarque que la presse web se développe de plus en plus. Dans un pays accusé de désinformer la population rien d’étonnant à ce qu’une partie des mexicains se tournent vers les médias en ligne. Des journaux indépendants qui s’engagent à informer librement sur des sujets d’actualités ont ainsi fait leur apparition ces dernières années. Le journal Animal Politico en est un bon exemple tout comme le blog de la journaliste Carmen Aristegui. Cette dernière est devenue aujourd’hui une des figures emblématiques du journalisme d’investigation au Mexique. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que le Mexique n’est pas un cas isolé. Intimidations, censure et agressions restent encore le lot de nombreux journalistes à travers le monde. C’est pour cela que des organismes comme Reporters sans Frontières continuent de les soutenir et s’engagent à œuvrer pour la liberté de la presse.

***

Sur le titre : Mexique : un journaliste abattu en moyenne tous les 26 jours, plus d’information sur le site du journal Emeequis, article publié le 04/08/2016

http://www.m-x.com.mx/2016-08-04/la-violencia-contra-periodistas-en-mexico-aumento-115-reporta-article-19-en-su-informe-trimestral/

De plata o de plomo : L’expression serait à l’origine de la question que l’on pose aux journalistes en activité au Mexique en référence au choix de la balle, « De plomb ou d’argent : c’est ainsi que travaillent les journalistes à Veracruz » Lavanguardia, 11/09/2016 http://www.lavanguardia.com/internacional/20160911/41196864206/plata-plomo-periodistas-veracruz.html

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