Arte/En français

Le Street Art : un art urbain contemporain ?

Né en tant que démarche artistique illégale et contestataire dans les années 60, les musées ont pourtant fini par ouvrir leurs portes au Street Art. En banlieue parisienne, certaines villes comme Vitry-sur-Seine en autorisent même sa pratique afin de promouvoir un aspect de ville « ouverte à l’art urbain ».

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Guerrier Bantou peint par Kouka en 2013 à Vitry-sur-Seine. © Alexia Ricard

 

Entre enjeu économique et touristique, le Street Art semble aujourd’hui bien loin des valeurs qu’il diffusait à ses débuts. Trouvant ses origines dans le métro newyorkais des années 60, sa naissance est attribuée à l’apparition des « tags » qui n’étaient au début que de simples signatures. Très vite, des noms tels que Taki 183 ou encore Julio 204 se font connaître. A l’époque, le Street Art est instinctif. Illégal bien entendu, clandestin et risqué. Ces adjectifs lui donnent toutes les raisons d’exister aux yeux des artistes émergents. A partir des années 80 et de son interdiction à New-York, il devient même une preuve de courage et de résistance face au système. Considéré comme un art éphémère dès son origine, l’essence même du Street Art se tient dans la bravoure du geste. Les artistes se réapproprient l’espace public en provoquant et dénonçant par leurs bombes aérosol. Très vite, l’esprit Street Art est né : guidé par le principe de liberté d’expression, les artistes considèrent l’espace public comme l’endroit rêvé pour libérer des messages et critiquer ouvertement les circuits « institutionnels » de l’art.
Arrivé en France dans les années 60 également, le climat est dès lors propice à une expression urbaine et provocatrice. Les évènements de mai 68 encouragent l’art urbain et sa puissance contestatrice. Très vite, il se développe sous une multitude de formes : pochoirs, mosaïques, graffitis…
De nombreuses années considéré comme marginal et indigne du marché de l’art, le Street Art est pourtant aujourd’hui l’une des facettes privilégiée de l’art contemporain. Nombre d’institutions ou même de musées ont décidé de lui ouvrir leurs portes.

“On n’interdit pas, mais on n’autorise pas non plus” 

Vitry-sur-Seine, ce « musée à ciel ouvert »

Dès 1980, les institutions commencent à distinguer le simple « tag » au « Street Art ». Le potentiel de ce deuxième à enrichir l’esthétique des villes est notamment pris en compte. Ce que Vitry-sur-Seine aura bien compris. Déjà ancrée dans une logique culturelle avec la mise en place de la politique du « 1% culturel » en 1962, Vitry est celle que l’on surnomme aujourd’hui la « capitale du Street Art » en France. Un terme que préfère nuancer Emmanuel Posnic, directeur adjoint à la culture de la ville : « Vitry est aujourd’hui l’une des capitales du street art en France. La ville a laissé le mouvement s’installer dans ses rues petit à petit grâce à la participation de nombreux artistes à l’origine invités par C215 (célèbre street artiste, NDLR). Aujourd’hui, plusieurs villes en France peuvent prétendre à ce titre. ». Elle reste cependant l’une des plus célèbres pour son approche à l’art urbain. Située en banlieue parisienne, elle en a toujours été parsemée.

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Fresque réalisée par Roa à Vitry-sur-Seine. © Alexia Ricard

Mais c’est à partir de 2009 que la mairie décide de s’intéresser de plus près au street art. L’installation de Christian Guémy (C215, NDLR) cette même année dans la ville a bousculé la vision que l’on donnait jusqu’alors à ces « murs décorés ». C’est en fait lui-même qui inaugurera ce que certains appellent aujourd’hui le « musée à ciel ouvert » que constitue Vitry. En invitant petit à petit ses amis à se produire sur des murs autorisés, la mairie de Vitry choisit d’adopter une attitude bienveillante face au street art qui s’épanche dans la ville. Emmanuel Posnic souligne cet aspect « compréhensif » face aux artistes : «On n’interdit pas, mais on n’autorise pas non plus. La ville n’a jamais cherché à instrumentaliser le street art, les choses sont venues sans elle mais nous n’avons jamais interdit qu’elles se fassent. La ville, les habitants et les politiques ont toujours été sensibles à la présence de l’art dans l’espace public. Ce point de vue facilite naturellement l’utilisation de l’espace public comme un espace d’expression ». Aujourd’hui, les murs de la ville sont parsemés de fresques en tout genre, ce que saluent la majorité des riverains telle que Mireille Shu, interrogée à ce sujet : « Tous ces dessins donnent de la gaieté à la ville, c’est agréable à voir ».

 

L’ambigüité de la pratique : la voie de l’institutionnalisation

Aujourd’hui, le street art est tiraillé par le statut juridique complexe de l’art urbain. En France, plusieurs éléments sont à distinguer : le droit de propriété, le droit d’auteur ou encore le statut même de la création. Œuvre d’art ou non ? Définir ce statut en revient à revenir sur la définition même d’une création artistique.

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Le contraste entre les murs décorés et la rue est parfois saisissant. © Alexia Ricard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le street art se retrouve piégé au beau milieu de politiques publiques qui d’un côté condamnent les actes de vandalisme, mais de l’autre encouragent la pratique artistique dans les villes.
L’institutionnalisation du street art est aujourd’hui indéniable. Mais ne serait-ce pas pour lui l’ultime recours pour perdurer ? A l’origine créé pour évoluer en dehors des champs spéculatifs du marché de l’art, l’art urbain s’est peu à peu engouffré dans ce à quoi il s’opposait : les normes.

Pour des villes comme Vitry qui proposent aujourd’hui des murs « autorisés », le street art n’est plus perçu comme une forme de contestation, mais plutôt une manière d’embellir l’espace public. Emmanuel Posnic, interrogé sur ce sujet, confie que « le rôle de la mairie n’a jamais été d’institutionnaliser le street art, mais plutôt de suivre le mouvement et ses changements ». En se penchant sur la question de l’histoire de l’art, l’adjoint à la culture finit même par se demander si le street art ne serait pas en train de « suivre le cours logique des mouvements artistiques ». Avant de souligner l’existence d’un « développement économique qui va de soi ».

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Deux graffeurs le vendredi 4 décembre en plein après-midi à Vitry-sur-Seine. © Alexia Ricard

Si les plus pessimistes voient en cette institutionnalisation la perte de ses valeurs initiales, son succès traduit cependant un intérêt certain pour sa pratique. Les médias et le public reconnaissent désormais l’art urbain comme étant à son sommet. A la suite du mouvement économique qui s’est créé autour d’elle, les lignes directrices de la pratique du street art sont cependant à redéfinir.

 

 

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