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LA NIÑA DE FUEGO : ambiance glaciale pour thriller brûlant

Grâce à une mise en scène maîtrisée, une intrigue aux multiples facettes et un jeu d’acteurs succulent, Carlos Vermut signe un second long métrage réussi et perturbant.

 

Vénéneuse. Déroutante. Instable. Bárbara sème le désordre sur son passage, rien ne semble l’atteindre réellement, ni moments de joie, ni crises passagères. Son mari est psychiatre, à l’aise sur le plan financier et au bord de la crise de nerfs. Il tente de la contrôler en la forçant à suivre un traitement médicamenteux. Damián, ancien professeur de mathématiques qui séjourne désormais en prison pour d’obscures raisons, refuse de sortir alors qu’il a purgé sa peine. De peur de la revoir. Alicia, elle, est atteinte d’une leucémie et espère juste un peu plus d’attention de la part de son père : Luis, au chômage, qui tente de faire chanter la tornade, sans savoir à quoi il s’expose.

Voici le puzzle initial du second long métrage du réalisateur espagnol Carlos Vermut (voir la bande annonce ici), après Diamond Flash en 2012. Un long métrage paradoxal comme le fait de donner un titre anglais à un film espagnol, Magical Girl, avant de le traduire dans la langue de Cervantès pour les besoins de l’industrie cinématographique hexagonale. Aussi paradoxal que la relation entre raison et passion que le cinéaste tente ici de nous décrire ?

Barbara Lennie_Niña de fuego

La révélation Bárbara Lennie, Goya 2015 de la meilleure actrice, aussi excellente que déstabilisante. DR©.

 

Entre fissures et ambiance glaciale

Des protagonistes brisés, ou s’apprêtant à l’être, et une intrigue sombre. Ce thriller organisé en trois parties : Monde, Démon et Chair, tisse des liens parfois troubles entre trois groupes de personnages sans que l’on sache vraiment s’il faut en rire ou en pleurer.

Carlos Vermut s’appuie ici sur une mise en scène volontairement glaciale, lente, quitte à tomber dans l’excès, pour exposer les rapports brûlants entre ses personnages. Tout parait en permanence sur le point d’exploser. Le cinéaste madrilène semble jouer avec sa proie, nous laissant constamment avec un train de retard. Le film nous glisse entre les doigts, rebondit dans des directions inattendues et enchaîne les ellipses pour mieux cultiver le mystère.

Carlos_Vermut

Carlos Vermut, réalisateur acclamé au festival de Sitges en 2014. La relève du septième art espagnol ? Crédits photos : Iván González.

Si le réalisateur, dernièrement adoubé par Pedro Almodóvar qui a qualifié le film de « révélation espagnole du siècle », semble sûr de son style et de ses idées, le film met un certain temps à démarrer. C’est lorsque la passion prend finalement le pas sur la raison que la mécanique se met en route, que les agissements deviennent incontrôlés et que la spirale infernale ne peut plus s’arrêter.

 

Originalité et promesses

C’est donc par passion que tout prend feu et que Luis, père célibataire en recherche d’emploi, va basculer pour tenter d’offrir un dernier moment de joie à sa fille. Et tout déclencher.

Beaucoup de choses sont suggérées là où d’autres se seraient laissés aller à des scènes prévisibles. Vermut, de son côté, laisse une partie du travail au spectateur, quitte à le laisser par instants sur sa faim malgré l’interprétation copieuse servie par Bárbara Lennie, Goya 2015 de la meilleure actrice, José Sacristán et Luis Bermejo.

Le réalisateur de La niña de fuego nous entraîne dans un univers inattendu, cynique, déconcertant, grinçant, extrêmement pesant. Son feu prend petit à petit, laissant entrevoir les étincelles d’un talent évident et d’une vision propre autant qu’originale. Combustion prévue pour bientôt ?

Hoel Cadic

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