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Vito Corleone s’installe à Pompéi

Les Parrains Camorristes ne sont pas une fiction ! Alors que le projet Grand Pompéi arrive à son terme fin 2015, les rumeurs de corruptions et détournements de fonds ressurgissent. Le tourisme, déjà en baisse sur ce site, risquerait d’en pâtir.

Costard cravate, cheveux gominés style années 60 et Ray-Ban sur le nez… à Naples et Pompéi, la Camorra a su se faire beaucoup plus discrète que se le représente l’imaginaire collectif. Petit à petit, la mafia fait son nid. Un nid tout de même estimé à 12,5 milliards d’euros annuels selon Europress.

En 2013, l’UNESCO a lancé un ultimatum à la surintendance de Pompéi lui sommant d’engager des travaux titanesques. Pour remédier au délabrement de l’antique cité, l’Union Européenne en accord avec l’Italie, a débloqué en 2012 des fonds s’élevant à 105 millions d’euros.

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Où est donc passée la gloire pompéienne ? Aux mains de la Camorra bien sûr. © Pauline Giroux

Faut-il encore que la mafia ne s’en empare pas avant ! Parmi ce budget alloué, Le Monde précise que 41,8 millions ont été débloqués par l’UE (le reste de la somme étant versée par le gouvernement italien). Pour éviter les détournements, Pompéi devait s’engager à dépenser cet argent avant le 31 décembre 2015.

Force est de constater que tout ne se passe pas comme prévu. En 2014, le Corriere della Sera annonçait que seul 0,56% du budget avait été utilisé, soit…588 000 euros. Courant 2015, la surintendance de Pompéi affirmait que 98 millions d’euros avaient déjà été engagés. La presse italienne n’évoquait que de 7 petits millions d’euros!

Où seraient donc passés les 91 millions d’euros manquants ? Le spectre de la mafia serait-il passé par là ? Cette suspicion de fraude n’est pas sans rappeler les détournements de fonds tombés aux mains de la Camorra en 2013. « Il y avait un devis qui ne devait pas excéder les 500 000 euros mais il est passé à 5 millions, voire 6 millions. Nous n’avons jamais vraiment su le fin mot de l’histoire » confie Angelo*, un franco-napolitain engagé par la surintendance de Pompéi de 2011 à 2013.

Quand on lui demande où aurait pu passer cet argent, Angelo n’en doute pas, « la Camorra se sert des assez bons revenus de Pompéi pour renflouer ses caisses. Marcello Fiori (ndlr : ancien commissaire de Pompéi à cette époque, jugé très récemment pour détournement de fonds) n’a pas bien fait son travail. Pompéi a besoin de cet argent, son état est déplorable. Jusqu‘à très récemment, la présence de mafieux sur le site n’avait rien d’extraordinaire ».

Pour ponctionner le site sans défrayer la chronique, la Camorra agit avec stratégie. Comme l’indique Angelo, le but du jeu est d’apporter le ‘minimum syndical’ en matière de travaux. Très peu de restaurations sont faites en cumulant beaucoup de retard.

Résultat : les devis sont réévalués à la hausse faisant ainsi le bonheur des mafieux. « En agissant comme cela, Pompéi pouvait ‘prouver’ que des travaux étaient faits mais plus personne n’est dupe. Quand l’UNESCO a menacé de supprimer Pompéi de sa liste de monuments et donc de supprimer des subventions, cela a poussé la surintendance et Naples à agir un peu plus. C’est peut-être l’électrochoc qu’il fallait ! » ajoute Angelo.

Conséquences touristiques? 

Depuis plusieurs années, le site archéologique le plus connu au monde subit des baisses de fréquentation significatives au fil des années. En 2009, Forbes estimait à 2,5 millions le nombre de visiteurs annuels. La Commission Européenne parlait de 2,3 millions de touristes en 2013. En 2014, la Stampa estime que 2 millions de vacanciers ont foulé le sol de Pompéi. On assiste à une véritable dégringolade.

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« Vedi [Pompei] e poi muori »… une maxime qui convainc de moins en moins de touristes. © Pauline Giroux

L’Italie souffre des conséquences de la crise économique. Elle s’est vue contrainte de baisser son budget culturel à 1,1% alors que la moyenne européenne s’élève à 2,2%. A en croire certains agents de voyages français, la crise n’est pas la seule cause des baisses touristiques.

Selon Nadège*, conseillère en voyage : « quand on propose des idées week-end pour Naples, les gens refusent souvent. Pompéi attise la curiosité mais l’argument récurrent est ‘ la ville est sale et la mafia est trop présente’». Jean-Pierre*, également ex-conseiller en voyage mentionne des raisons similaires : « la mafia a une image sulfureuse. Les gens ne souhaitent pas partir en famille dans une ville où la mafia est très active ». Naples est de plus en plus boudée par les touristes.

L’image de la mafia est assez négative : détournements de fonds, les règlements de comptes font parfois plusieurs victimes et les impacts sur le patrimoine culturel sont nombreux. Comme le souligne Nadège : « ce n’est pas un secret ! La mafia ponctionne les revenus de Pompéi et beaucoup de clients sont déçus. On sait que peu de travaux sont faits et le bouche à oreille dissuade les quelques volontaires restants. »

Pourquoi n’y-a-t-il donc pas de réactions dans les pays européens ? Si tout le monde est au courant des agissements de la mafia, il n’y a pas de mesure concrète prise pour venir à bout de ce problème. En lançant très récemment un ultimatum à Pompéi, l’UNESCO a peut-être trouvé une solution. Les pays européens pourraient également sommer la ville de Naples d’agir à l’encontre de la mafia sous peine de diminuer les offres de voyages.

Selon Jean-Pierre, cette proposition : « pourrait fonctionner car le tourisme napolitain n’est pas une source de revenus importante en France, on ne perdrait donc pas beaucoup d’argent. Malheureusement, d’un point de vue commercial, si nous arrivons à vendre quelques voyages pour Naples…c’est toujours cela de gagné pour nous ! » Business is business…

Même si la ville de Naples et la surintendance de Pompéi tentent d’améliorer les choses, les ‘Al Capone’ camorristes semblent avoir encore de beaux jours devant eux. Le destin de la Camorra est encore trop lié à celui de Pompéi. Les scandales financiers sont encore trop récurrents, pendant ce temps, Pompéi se meure tranquillement mais sûrement


Qu’en est-il du patrimoine culturel de Naples ?

Si le site archéologique est en péril, il en va de même pour les joyaux de Naples. La culture n’est pas la priorité du chef-lieu de la Campanie. Après avoir trop longtemps négligé son patrimoine culturel, la ville commence seulement à le redécouvrir. Cristina*, bénévole aux catacombes de San Gaudioso, fait part de ses doutes : « nos catacombes sont dans un quartier où la mafia est active. Elles auraient besoins de restaurations mais la ville dépend trop de la Camorra. Notre association tente de récolter des fonds…on a l’impression d’être un peu seul ! » C’est un travail de longue haleine qui se profile pour Naples.

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Pendant que les monuments s’effondrent, les mafieux bâtissent des villas. © Pauline Giroux

 

*Les prénoms ont été changés

 

Pauline Giroux

 

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