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Le cul entre deux chaises

  L’école de la République présente un bilan mitigé en terme d’intégration. A Ivry sur Seine, certains élèves issus de l’immigration éprouvent encore du mal à se sentir français. 

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En région parisienne, les établissements scolaires présentent une population très diversifiée (DR)

«Refonder notre politique d’intégration suppose de répondre à l’attente des personnes immigrées et de leurs descendants: être considéré comme n’importe quel Français» dans ce cadre que le nouveau gouvernement Ayrault pose les conditions d’une énième refondation de l’école la République. En région parisienne, certains établissements scolaires atteignent une concentration de 80% de fils d’immigrés. Mais n’y a t’il pas un certain paradoxe à vouloir intégrer des élèves français à leur propre pays?

Etat des lieux de la situation dans un collège d’Ivry sur Seine, classé en zone de prévention violence. Ici, il est fréquent qu’on se pose la question de savoir si on est français ou simple descendants d’immigrés.

“On doit assumer notre culture mais notre pays c’est la France”

L’école de l’intégration

 Collège La Cerisaie ,un des 4 établissements du secondaire de la ville d’Ivry  sur Seine, Commune du Val de Marne, profondément ancrée à gauche. Romain Rolland accueille pas moins de 700 élèves de tous milieux confondus. Cette école a pour particularité d’accueillir un grand nombre d’enfants d’origines variées, cette nouvelle génération de français « issus de l’immigration » comme on dit.

La grille d’entrée est immense.Dans l’entrebâillement, une jeune femme à peine plus grande que ces enfants d’une dizaine d’années vérifie les entrées. Il est à peine 10 heures et les élèves s’engouffrent à l’intérieur, carnet à la main. Ils sont pressés. C’est l’heure de la récréation et l’occasion de se changer les idées avec leurs amis avant le début d’une longue journée. Au fond de la cour. Une Scène banale. Un match de foot. Un adulte est dans la cage et joue avec les enfants. Une jeune femme s’approche pour discuter avec son collègue. Une minute d’inattention et un but est encaissé. Et là, la phrase tombe comme un couperet : « Mais Garry lui parle pas ! Sofia c’est une arabe, elle est dans leur camp ! Elle l’a fait exprès pour que l’on perde ! » Le jeune garçon est noir, comme tous les autres membres de son équipe. Comme le surveillant qui défend leur but. A y regarder de plus près, les surveillants, au nombre de dix sont tous français d’origine étrangère ou tout bonnement étudiants étrangers. Politique d’embauche mise en place par la direction ? Ils sont à l’image des élèves. L’équipe se décline en bicolore : black et beurre.

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 Tous les matins on se bouscule à l’entrée du collège La cerisaie d’Ivry sur Seine (DR)

Discussion à 4 voix

 Un peu plus loin, dans une ancienne salle de permanence transformée en foyer,  deux garçons et deux filles d’une quinzaine d’années discutent.  Sofiane, Riad et Zineb sont d’origine maghrébine et les parents de Gloria, eux, viennent du Congo. Ils discutent de leur dernier cours d’histoire géo. Leur classe s’inscrit dans le projet 100 témoins, 100 écoles. Un projet qui tend à amener les enfants à accepter leur identité multiple par le partage et la discussion avec des intervenants immigrés.

« Non mais de toute façon s’ils viennent nous voir c’est parce que dans notre classe, il n’y a que des arabes et des noirs. » lance Mustafa, lucide.  « En même temps, ici il n’y a que des arabes et des noirs. » rigole AÏda. « Tu es marocain nan ? demande AÏda à Mustafa.  « Moi je suis français, je suis né ici » insiste t’il. « Oh tu as honte de ton pays, le Maroc ! » s’indigne-t-elle. « Non. Mes parents sont marocains, mais mon pays à moi c’est la France, je suis né ici. » lui explique t’il très calmement.« Pas moi » répond Aziz. « Toi t’es un bledard » lance Mustafa. Tous deux s’esclaffent.  Aziz explique que lorsqu’il aura l’âge, il demandera la nationalité française. Par contre il rentrera en Algérie pour y passer sa retraite.

Ils parlent de leur avenir avec une certaine lucidité mais restent optimistes.« Moi je vais faire des études de commerce et après je partirais en Australie, et je travaillerais avec la Chine pour fabriquer des Iphones 35 »  dit Mustafa. « Moi, si un jour je fais un master, ma mère m’offrira des cadeaux tous les jours » s’amuse Aïda. Aziz explique, avec une étrange maturité pour son âge, que les intervenants qui sont venus les voir, leur permettent de se rendre compte « qu’on a pas moins de chance que les autres. Si on veut y arriver, il faut travailler. » Une des intervenantes est née au Liban et maintenant elle est avocate et gagne 13 000 euros par mois raconte t’il admiratif. Fatou rajoute : « Elle nous a dit  d’assumer notre culture  mais qu’il fallait aimer notre pays (ndrl la France). Elle a subit le racisme. Les gens l’aimaient pas parce qu’elle venait du Liban. Je ne comprends pas, ils ont quoi les libanais ?  Et puis on a de la chance d’être nés ici, si on était nés au bled … « Je dis souvent toutes mes origines. Il y en a certaines dont je suis plus fière que d’autres. Mais je sais que je suis française.» explique Fatou.

 Ces enfants semblent conscients de leur double appartenance et évoluent dans un environnement à la mixité restreinte et aux conditions d’apprentissage parfois difficiles. Bien que  certains élèves soient lucides sur  les difficultés qui sont les leurs, ils veulent continuer à  croire en la méritocratie à la française et semblent bien loin des enjeux politiques qu’ils cristallisent.

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